Actualités

Un pari difficile, mais réalisable

Par Liberté | le Jeudi 03 Septembre 2020

Un pari difficile, mais réalisable

Plus de 70% des exportations hors hydrocarbures, soit 1,750 milliard de dollars, sont constituées d’ammonitrates, d’urée et d’ammoniac.

Porter la valeur des exportations hors hydrocarbures (EHH) à 5 milliards de dollars dès l’année 2021, tel que fixé par le président de la République reste un objectif difficilement réalisable, mais pas impossible. Passer à 5 milliards de dollars, c’est doubler quasiment les rentrées en devises du pays en dehors de celles engrangées à partir de la vente du pétrole et du gaz. Car, en réalité, les EHH du pays n’ont jamais franchi le seuil des 2,5 milliards de dollars depuis plusieurs décennies.

L’Algérie peut-elle alors relever ce défi en un seul exercice ? Des professionnels du commerce extérieur s’accordent à dire que cet ambitieux projet est difficile à concrétiser en 2021. La raison essentielle est que plus de 70% des EHH, soit 1,750 milliard de dollars, sont des ammonitrates, de l’urée et de l’ammoniac… qui sont des produits issus des usines de production de Sonatrach.

Autant de dérivés d’hydrocarbures qui, par conséquent, dépendent de l’évolution des cours du pétrole et du gaz sur le marché international. Cette donne du marché constitue ainsi une variable importante dans le calcul de la valeur des exportations hors hydrocarbures. Elle influe, bien entendu, négativement sur la promotion des EHH en Algérie.

Les quelque 750 millions de dollars d’EHH restants sont notamment des produits agroalimentaires (50%). Ce challenge qu’a fixé Abdelmadjid Tebboune au gouvernement ne peut être gagné que si un certain nombre de contraintes sont levées. Le secteur du commerce extérieur a besoin d’abord d’un climat de confiance et d’une prise en charge réelle des filières exportatrices.

Le conseil national consultatif pour la promotion des exportations doit s’investir davantage dans la levée des contraintes en matière d’approvisionnement en intrants dont souffrent ces filières qui sont en plein développement à l’export, mais stoppées par la crise sanitaire et la baisse des cours du pétrole.

Les EHH demeurent encore insignifiantes à la fois en valeur et en volume (6,87% du volume global des exportations). Cet amer constat établi par tous les experts est dû essentiellement à l’insuffisance de l’offre exportable, aussi bien en qualité qu’en quantité, d’une part, et au manque d’expertise dans les métiers de l’exportation, d’autre part.

Toutes les mesures prises et les mécanismes mis en place par les Exécutifs successifs visant le développement et la promotion des EHH et l’amélioration de l’environnement de l’entreprise de manière générale se sont avérés vains. Les exportateurs évoquent souvent un déficit criant en logistique, le fret maritime et aérien en particulier.

Une conférence nationale en octobre
À titre d’exemple, arguent-ils, une exportation de 3 tonnes vers l’Afrique (Niamey-Dakar-Bamako) dure 3 semaines. Des délais trop longs, surtout pour les produits périssables. Pour eux, le coût du fret maritime et aérien est élevé par rapport à la concurrence. Pis encore, ils trouvent inadmissible le “refus par certaines compagnies maritimes étrangères installées en Algérie le paiement du fret maritime en monnaie nationale”.

Ils relèvent, en outre, l’inexistence d’un dispositif de soutien au financement à taux bonifié au profit des exportateurs. Ces derniers dénoncent, par ailleurs, les “lenteurs pour la délivrance des autorisations liées aux produits sensibles dans l’achat des matières premières et de leurs exportations”.

Ils déplorent, également, les dispositions des ordonnances 96-22 et 10-03 “faisant encourir aux exportateurs des peines de prison et des amendes en cas de non-rapatriement ou d’insuffisance de rapatriement dû à un incident de paiement”. À ce propos, l’Association nationale des exportateurs (Anexal) demande la mise à plat de la réglementation des changes et la révision de l’ordonnance 96-22 qui criminalise l’incident de paiement.

Cela dit, la mesure de dépénalisation de l’acte de gestion décidée par le Président se veut un signal fort de la part des pouvoirs publics à l’égard des opérateurs économiques. En dépit de la difficulté à concrétiser cet ambitieux objectif de 5 milliards de dollars, les experts reconnaissent, toutefois, que c’est la première fois qu’un président de la République affiche sa ferme volonté d’ériger les EHH en rang de priorité nationale.

S’inscrivant en droite ligne de la feuille de route du chef de l’État, l’Anexal envisage d’organiser une conférence nationale sur les exportations. Cette rencontre, qui aura lieu durant la première quinzaine du mois d’octobre prochain, aura à débattre des voies et moyens à même d’atteindre le montant fixé par le Président.

Il sera question au cours de cette rencontre d’identifier les contraintes institutionnelles et les conditions de consolidation et de développement des filières déjà exportatrices en évaluant leur potentiel de progression pour 2021, ainsi que les limites du dispositif d’aide et d’appui aux exportateurs.

L’autre point qui sera abordé a trait au soutien au financement des exportateurs par une bonification des taux d’intérêts pendant 5 ans. Il est prévu aussi d’évoquer l’octroi de crédits pour l’achat de matières premières destinées à la fabrication de produits à exporter.

Les organisateurs de cette conférence envisagent d’inscrire également à l’ordre du jour, la cession au profit de l’exportateur de 80% de la plus-value en devises et à en disposer librement. Ils proposent, en outre, la prise en charge par l’État des frais de création de service export au sein des entreprises pendant une période de trois ans à travers le recrutement d’un diplômé de l’école de commerce ou d’une personne ayant un profil approprié pour le poste de chef de service export.

Badreddine KHRIS

 

Plus de 70% des exportations hors hydrocarbures, soit 1,750 milliard de dollars, sont constituées d’ammonitrates, d’urée et d’ammoniac.

Porter la valeur des exportations hors hydrocarbures (EHH) à 5 milliards de dollars dès l’année 2021, tel que fixé par le président de la République reste un objectif difficilement réalisable, mais pas impossible. Passer à 5 milliards de dollars, c’est doubler quasiment les rentrées en devises du pays en dehors de celles engrangées à partir de la vente du pétrole et du gaz. Car, en réalité, les EHH du pays n’ont jamais franchi le seuil des 2,5 milliards de dollars depuis plusieurs décennies.

L’Algérie peut-elle alors relever ce défi en un seul exercice ? Des professionnels du commerce extérieur s’accordent à dire que cet ambitieux projet est difficile à concrétiser en 2021. La raison essentielle est que plus de 70% des EHH, soit 1,750 milliard de dollars, sont des ammonitrates, de l’urée et de l’ammoniac… qui sont des produits issus des usines de production de Sonatrach.

Autant de dérivés d’hydrocarbures qui, par conséquent, dépendent de l’évolution des cours du pétrole et du gaz sur le marché international. Cette donne du marché constitue ainsi une variable importante dans le calcul de la valeur des exportations hors hydrocarbures. Elle influe, bien entendu, négativement sur la promotion des EHH en Algérie.

Les quelque 750 millions de dollars d’EHH restants sont notamment des produits agroalimentaires (50%). Ce challenge qu’a fixé Abdelmadjid Tebboune au gouvernement ne peut être gagné que si un certain nombre de contraintes sont levées. Le secteur du commerce extérieur a besoin d’abord d’un climat de confiance et d’une prise en charge réelle des filières exportatrices.

Le conseil national consultatif pour la promotion des exportations doit s’investir davantage dans la levée des contraintes en matière d’approvisionnement en intrants dont souffrent ces filières qui sont en plein développement à l’export, mais stoppées par la crise sanitaire et la baisse des cours du pétrole.

Les EHH demeurent encore insignifiantes à la fois en valeur et en volume (6,87% du volume global des exportations). Cet amer constat établi par tous les experts est dû essentiellement à l’insuffisance de l’offre exportable, aussi bien en qualité qu’en quantité, d’une part, et au manque d’expertise dans les métiers de l’exportation, d’autre part.

Toutes les mesures prises et les mécanismes mis en place par les Exécutifs successifs visant le développement et la promotion des EHH et l’amélioration de l’environnement de l’entreprise de manière générale se sont avérés vains. Les exportateurs évoquent souvent un déficit criant en logistique, le fret maritime et aérien en particulier.

Une conférence nationale en octobre
À titre d’exemple, arguent-ils, une exportation de 3 tonnes vers l’Afrique (Niamey-Dakar-Bamako) dure 3 semaines. Des délais trop longs, surtout pour les produits périssables. Pour eux, le coût du fret maritime et aérien est élevé par rapport à la concurrence. Pis encore, ils trouvent inadmissible le “refus par certaines compagnies maritimes étrangères installées en Algérie le paiement du fret maritime en monnaie nationale”.

Ils relèvent, en outre, l’inexistence d’un dispositif de soutien au financement à taux bonifié au profit des exportateurs. Ces derniers dénoncent, par ailleurs, les “lenteurs pour la délivrance des autorisations liées aux produits sensibles dans l’achat des matières premières et de leurs exportations”.

Ils déplorent, également, les dispositions des ordonnances 96-22 et 10-03 “faisant encourir aux exportateurs des peines de prison et des amendes en cas de non-rapatriement ou d’insuffisance de rapatriement dû à un incident de paiement”. À ce propos, l’Association nationale des exportateurs (Anexal) demande la mise à plat de la réglementation des changes et la révision de l’ordonnance 96-22 qui criminalise l’incident de paiement.

Cela dit, la mesure de dépénalisation de l’acte de gestion décidée par le Président se veut un signal fort de la part des pouvoirs publics à l’égard des opérateurs économiques. En dépit de la difficulté à concrétiser cet ambitieux objectif de 5 milliards de dollars, les experts reconnaissent, toutefois, que c’est la première fois qu’un président de la République affiche sa ferme volonté d’ériger les EHH en rang de priorité nationale.

S’inscrivant en droite ligne de la feuille de route du chef de l’État, l’Anexal envisage d’organiser une conférence nationale sur les exportations. Cette rencontre, qui aura lieu durant la première quinzaine du mois d’octobre prochain, aura à débattre des voies et moyens à même d’atteindre le montant fixé par le Président.

Il sera question au cours de cette rencontre d’identifier les contraintes institutionnelles et les conditions de consolidation et de développement des filières déjà exportatrices en évaluant leur potentiel de progression pour 2021, ainsi que les limites du dispositif d’aide et d’appui aux exportateurs.

L’autre point qui sera abordé a trait au soutien au financement des exportateurs par une bonification des taux d’intérêts pendant 5 ans. Il est prévu aussi d’évoquer l’octroi de crédits pour l’achat de matières premières destinées à la fabrication de produits à exporter.

Les organisateurs de cette conférence envisagent d’inscrire également à l’ordre du jour, la cession au profit de l’exportateur de 80% de la plus-value en devises et à en disposer librement. Ils proposent, en outre, la prise en charge par l’État des frais de création de service export au sein des entreprises pendant une période de trois ans à travers le recrutement d’un diplômé de l’école de commerce ou d’une personne ayant un profil approprié pour le poste de chef de service export.

Badreddine KHRIS

Source originale de l’article