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Secteur du médicament : Le Snapo dit «non» au rattachement de l’ANPP au ministère de l’Industrie pharmaceutique

Par El Watan | le Dimanche 09 Août 2020

Secteur du médicament : Le Snapo dit «non» au rattachement de l’ANPP au ministère de l’Industrie pharmaceutique

Le Syndicat national des praticiens d’officine (Snapo) s’érige fermement contre la mise de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) sous la tutelle du ministère de l’industrie pharmaceutique.

Mieux, certaines missions qui relevaient aupavant du ministère de la Santé, confiées, entre autres, à la Direction générale de la pharmacie, au Laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques (LNCPP) et aux services de l’Inspection générale, sont actuellement inscrites parmi les attributions de l’ANPP. Ces nouvelles prérogatives imposent, de surcroît, au ministère de la Santé de garder l’ANPP dans son giron. C’est ce qu’a estimé, hier, le Dr Slama Khelifa, le vice-président du Snapo, dans une déclaration à El Watan.

Pour lui, «Le secteur pharmaceutique a toujours été indissociable des missions et attributions du ministère de la Santé, qui est le seul habilité à tracer les stratégies de santé publique et de veiller à la réalisation de ses objectifs. L’OMS confie des missions ayant trait au domaine pharmaceutique et à la sécurité sanitaire à l’ARP (Autorité de réglementation pharmaceutique) qui, elle-même, est placée, selon les orientations et recommandations de l’OMS, sous l’autorité du ministère chargé de la Santé. L’OMS définie clairement que l’autorité politique concernée au sein de l’Etat par la mise en fonction de l’ARP, est le ministre en charge de la Santé. L’ARP équivaut, chez nous, à l’ANPP».

En effet, cet organigramme est applicable dans les pays développés, notamment en France avec son agence ANSM et la FDA aux Etats-Unis. Bien qu’elles soient issues de deux pays disposant de réglementations et d’industries fortes et développées, ces deux agences sont placées sous la tutelle directe du ministère de la Santé. «Pourquoi l’Algérie devrait faire exception aux recommandations de l’OMS ?

Pourquoi devrait-elle aussi déroger à une règle universelle ? Pourquoi encore devrait-elle faire fi à sa propre réglementation, en l’occurrence : la loi sanitaire 18-11 qui place l’Agence sous la tutelle du ministère de la Santé ?» s’étonne notre interlocuteur, affirmant que le Snapo a saisi, hier, le président de la République sur cette «entorse à la loi sanitaire».

Outre l’aspect réglementaire, le représentant du Snapo évoque un conflit d’intérêts flagrant. «Si l’ANPP est mise sous la tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique, ceci va inévitablement la placer sous la dominance des firmes pharmaceutiques. Elle devra appliquer les consignes dictées par cette industrie et sera en situation de dépendance vis-à-vis des firmes pharmaceutiques. Dans le cas contraire, elle tracera les objectifs que l’industrie pharmaceutique devra suivre et réaliser dans un intérêt de santé publique et de sécurité sanitaire. L’Agence doit garder sa souveraineté et marquer son indépendance par rapport au secteur industriel et aux firmes pharmaceutiques», prévient le Dr Slama.

Il est de notoriété que dans sa mission, l’Agence du médicament doit, entre autres, procéder au contrôle de tous les produits pharmaceutiques, au contrôle spécifique des substances et médicaments ayant des propriétés stupéfiantes et/ou psychotropes, de demander aux autorités compétentes de prendre des mesures visant à préserver la santé publique, de définir les règles de bonnes pratiques de fabrication, de stockage, de distribution et de dispensation des produits pharmaceutiques, et d’effectuer des missions d’audit et d’inspection sur les bonnes pratiques pharmaceutiques. «Comment un ministère de l’Industrie pharmaceutique, qui est une filière parmi au moins 11 industries constituant l’industrie nationale, serait la tutelle d’une agence qui aurait plus d’attributions et de missions que son propre ministère de tutelle ? Cela relève de l’irrationnel», conclut le Dr Slama.

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