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Pétrole : Les mises en garde contre une éventuelle pénurie

Par El Moudjahid | le Mercredi 05 Août 2020

Pétrole : Les mises en garde contre une éventuelle pénurie

Le coronavirus pourrait-il mener à une pénurie de pétrole ? Les alertes se multiplient. L’importance stratégique de l’accès à l’or noir justifierait que ce risque soit pris en compte par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

De l’avis des experts, la tendance suivie par les entreprises de service montre les probabilités d’une transition de surplus de production vers une pénurie qui risque d’intervenir en 2025. Tout cela dépendra de la rapidité de la reprise économique. «Alors que la demande mondiale de pétrole et de gaz est en train de reprendre, le défi sera d’y répondre à temps. Le niveau des découvertes de nouveaux gisements est au plus bas depuis 60 ans et la bulle de schiste semble s’être dégonflée pour atteindre son pic d’ici à 2025 aux USA», explique, dans son dernier numéro, la prestigieuse revue «Géopolitique mondiale des énergies». En effet, le choc pétrolier actuel a fortement ébranlé l’architecture de l’industrie pétrolière et gazière tant au niveau des majors, du raffinage, des ressources humaines, de l’exploration, de la production ou du financement. «En toute logique, commente GME, plusieurs banques et agences pensent que les prix devraient fortement grimper durant les années 2021-2022 pour autant que l’économie mondiale le supporte».

Trois tendances sont à surveiller. Les analyses de ladite revue citent la pénétration des voitures électriques sur le marché. «Cette tendance sera encore accentuée par l’augmentation de la suprématie électrique chinoise sur l’économie mondiale. Les premiers chiffres post-covid montrent une baisse de la demande des voitures thermiques», explique-t-on. S’ajoute la décision de la Russie qui, après l’Allemagne, la Corée du Sud, le Japon et la Chine, vient d’annoncer des investissements importants dans la mobilité à hydrogène, histoire de sortir des griffes chinoises des terres rares et des batteries électriques. Il est également question, analyse la revue GME, de la courbe de l’économie mondiale et des besoins d’utilisation de transports maritimes, aériens ou terrestres qui finiront de boucler la boucle.

Notons également que le terme «pic pétrolier» est sur toutes les lèvres des experts, y compris ceux qui ont de tout temps écarté cette possibilité. L’agence norvégienne, Rystad Energy, prévoit que 282 milliards de barils de pétrole sont à diminuer des réserves mondiales estimées à la louche à 1 900 milliards de barils, et précise que la demande pétrolière mondiale se projette à 88,1 millions b/j contre 99,5 en 2019. En mai, la demande aurait atteint 78,5 millions b/j soit une baisse de 22% depuis le début de l’année. Du côté de Bloomberg NEF, citée par la même revue, c’est un pic de la demande d’essence qui devrait être atteint d’ici à 10 ans, et 3 ans plus tard celui du diesel. Aujourd’hui, les prix du pétrole sont à la peine. Les barils de référence Brent et WTI sont sous pression et menacent d'envoyer des signaux négatifs. Certains experts relèvent que les inquiétudes d'une offre excédentaire demeurent. Rappelons que pour faire face à la chute de la demande de brut, l'Opep+ a décidé de réduire leur production de 9,7 millions de barils par jour (mbj) aux mois de mai et juin. Un premier allègement de cette coupe drastique a déjà été opéré au mois de juillet. Les producteurs sont censés relâcher ces coupes à 7,7 mbj depuis le 1er août, puis à 5,8 mbj de janvier 2021 à avril 2022.
Fouad Irnatene

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