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Nécessité de sortir de la gestion administrative

Par Liberté | le Lundi 16 Novembre 2020

Nécessité de sortir de la gestion administrative

Au vu des conditions réelles de son fonctionnement, le port algérien se confond beaucoup plus avec une entité administrative, au lieu d’être un prestataire de services pour le compte des entreprises.

“C’est cet état de fait qu’il convient de changer”, estiment certains spécialistes du commerce extérieur. Selon ces derniers, “l’organisation actuelle de nos ports commerciaux demeure encore largement inspirée d’un système économique antérieur dans lequel les activités de commerce extérieur étaient considérées comme monopole d’État et où les intervenants autorisés étaient essentiellement des acteurs publics”.

La libéralisation du commerce extérieur, avec l’ouverture au secteur privé opérée au milieu des années 1990, relèvent-ils, n’a pas été suivie par la nécessaire adaptation de l’organisation des ports commerciaux algériens, la batterie de textes juridiques promulgués en ce sens n’ayant pas eu malheureusement de prolongement concret.

Ces experts rappellent que la refonte du code maritime en 1998 (par la loi 98-05 du 25 juin 1998 modifiant et complétant l’ordonnance 76-80 du 23 octobre 1976 portant code maritime) devait permettre d’organiser, par un passage progressif à la concurrence, une meilleure efficacité de la gestion portuaire et une meilleure attention à accorder à la protection du pavillon national, qu’il soit exercé par des sociétés publiques ou privées.

Fondamentalement, il s’agissait de délimiter le champ des activités relevant de l’autorité portuaire et donc de la responsabilité des services de l’État, de celui des activités à caractère commercial pouvant être exercées dans un cadre concurrentiel.

Ainsi, le développement, l’entretien, la gestion, la préservation et la conservation du domaine public portuaire constituent des missions de service public dévolues aux “autorités portuaires” (article 891 de la loi) tandis que le remorquage, la manutention et l’acconnage sont des activités commerciales pouvant être exercées par toute personne physique ou morale (article 892 de la loi).

À la suite de cette réforme du code maritime de 1998, pas moins de six décrets d’application seront promulgués en vue d’assurer sa mise en œuvre et de promouvoir une nouvelle organisation des ports de commerce.

“Toutefois, force est de constater que, malgré leur publication officielle, tous ces textes ne verront pas de traduction concrète sur le terrain”, relève-t-on. En particulier, l’incapacité à installer les trois autorités portuaires avec les prérogatives qui leur étaient réglementairement dévolues, conduira à bloquer de fait la tentative de réforme structurelle dont elles étaient la pièce maîtresse.

“Le résultat, c’est que cette forme hybride d’organisation qui prévaut toujours au niveau de nos ports commerciaux impose des normes de gestion en total décalage avec celles qui ont cours dans tous les ports concurrents, ce qui n’aide pas à améliorer la compétitivité et l’efficacité de ces infrastructures essentielles dans le contexte actuel de mondialisation économique”, affirment les experts.

Le modèle économique qui leur sert de trame fait que les ports algériens, ajoutent-ils, “prospèrent à mesure que les marchandises stagnent au sein de leur enceinte et qu’elles se transforment par nécessité en aires de stockage plutôt que de fonctionner comme de simples aires de transit”.

Alors que le délai de transit des marchandises dans les ports modernes se compte aujourd’hui en heures, “il se compte en semaines ou en mois dans les ports nationaux”, relève-t-on.

Les entreprises algériennes, qui sont tenues d’utiliser cette infrastructure, se retrouvent doublement pénalisées en ce sens qu’elles ne peuvent pas récupérer rapidement des marchandises essentielles à leur activité et qu’elles doivent dans le même temps payer pour cette contrainte qui leur est la plupart du temps imposée.

Meziane RABHI

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