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L’usine Renault d’Oran risque la fermeture

Par El Watan | le Mardi 24 Septembre 2019

L’usine Renault d’Oran risque la fermeture

Cessation temporaire de son activité

L’importation des véhicules et des kits CKD/SKD destinés à leur montage a atteint les 3,73 milliards de dollars en 2018 contre 2,2 milliards de dollars en 2017, soit une hausse vertigineuse de plus 70%.

Dans un contexte de grave crise qui secoue le secteur du montage automobile en Algérie, l’usine Renault d’Oran va cesser temporairement ses activités dès les prochaines semaines. Cette inquiétante information révélée par Le Soir d’Algérie était prévisible depuis plusieurs mois.

«Vu l’épuisement de notre quota en pièces détachées nécessaires pour l’assemblage des véhicules (dits kits SKD/CKD), l’usine sera contrainte de subir un gel temporaire de ses activités dès les prochains jours pour reprendre en janvier, à la livraison de notre quota de 2020», confirment à El Watan des sources internes sous couvert d’anonymat.

Le quota alloué à cette usine, au titre de l’année 2019, plafonné à 660 millions de dollars en valeur, a été épuisé. Le site, qui sera paralysé durant au moins trois mois, risque-t-il de fermer définitivement ? «Non, il est trop tôt de parler de fermeture définitive, car nous allons redémarrer avec l’arrivée du prochain quota en kits. En plus, les choses peuvent s’améliorer et c’est ce que nous souhaitons pour la sauvegarde de cet outil de production et des emplois», répondent nos sources.

Quel avenir pour les 2000 emplois directs et indirects créés par cette usine ? Nos sources se veulent plutôt prudentes : «A court terme, les emplois en CDI seront préservés, mais tout dépendra de l’évolution des choses.»

Les huit sous-traitants locaux, qui fournissent les pièces nécessaires à la construction automobile de cette usine d’Oran, sont aussi dans le désarroi. «Nous sommes vraiment sous le choc. Cela fait trois ans que nous perdons de l’argent pour nous installer. Et là, nous n’avons aucune visibilité, c’est très grave», s’est confié, hier à El Watan, un chef d’entreprise basé à Oued Tlélat qui s’apprête à inaugurer son usine pour fournir les usines de montages. Les restrictions sur l’importation d’intrants d’assemblage ont mis plusieurs filières dans une situation délicate.

Après avoir prohiber l’importation de véhicules neufs en 2016, le gouvernement freine drastiquement l’approvisionnement en kits de montage dans le but d’arrêter la saignée des réserves de change et alléger la facture des importations. En mai dernier, le gouvernement a limité les intrants CKD/SKD destinés au montage des voitures touristiques, ainsi qu’à la fabrication des produits électroménagers, électroniques et de la téléphonie mobile.

La ministre de l’Industrie et des Mines, Djamila Tamazirt, avait affirmé, en juin dernier, que «les mesures appliquées dans la filière de montage automobile sont transitoires et visaient un réajustement de la balance des paiements». Le recours à l’assemblage local est onéreux. L’importation des véhicules et des kits CKD/SKD destinés à leur montage a atteint les 3,73 milliards de dollars en 2018 contre 2,2 milliards de dollars en 2017, soit une hausse vertigineuse de plus 70%.

La même incertitude touche également la vingtaine d’opérateurs activant localement dans le montage automobile, mais aussi le fameux projet de l’usine Peugeot Citroën Production Algérie (PCPA), en chantier à Tafraoui, près d’Oran. L’usine devra entrer en production l’été prochain, avec une capacité de 25 000 véhicules par an et un objectif de porter cette capacité à 75 000 unités. Mais avec cette crise, personne n’est en mesure de savoir si ce projet (au même titre que d’autres) aboutira ou non.

Cette cessation temporaire d’activité de l’usine Renault d’Oran est-elle le prélude à une crise profonde dans le secteur automobile ? Une chose est sûre : la stratégie nationale dédiée au secteur automobile s’avère un fiasco. L’instabilité politique génère beaucoup de dégâts sur l’économie nationale.

Contrairement à l’Afrique du Sud qui est leader dans l’industrie automobile sur le continent, l’Algérie est à la traîne. Les choix stratégiques se sont avérés être un cuisant échec. Avec des usines d’assemblage de très petite taille, destinées uniquement à fournir le marché domestique, les assembleurs ont promis des taux d’intégration qui ne seront jamais atteints, ni même contrôlés par une administration défaillante.

Le deuxième plus grand pays dans l’industrie automobile sur le continent africain n’est autre que le Maroc où Renault et PSA bénéficient d’incitations fiscales et douanières liées aux zones franches et exportent vers 80 destinations mondiales. L’Algérie, qui reste loin des volumes de son voisin marocain, est handicapée par l’instabilité politique. Une instabilité doublée d’une absence totale de visibilité à long terme qui ont un effet repoussoir, illustré par la menace de fermeture des sites d’assemblage.

Les professionnels et les partenaires étrangers souhaitent que l’Etat algérien restaure la stabilité, afin de pouvoir refonder la confiance. Le problème de «l’industrie» automobile algérienne est structurel et conceptuel. Depuis au moins une décennie, tout le monde savait que la politique automobile était très mal conçue. Pour l’heure, les professionnels exhortent le gouvernement à une rapide sortie de l’impasse dans laquelle se trouve le secteur automobile gravement affecté par l’incertitude.

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