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L’Algérie a besoin d’un baril à plus de 135 dollars

Par Liberté | le Dimanche 01 Novembre 2020

L’Algérie a besoin d’un baril à plus de 135 dollars

L’aggravation de la crise sanitaire fait craindre une dégradation de la situation économique et alimente un climat de grande incertitude.

L’Algérie a besoin d’un prix du baril de pétrole à 135,2 dollars pour équilibrer son budget pour l’année 2021, selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI). Or, les prix du pétrole viennent de plonger sous les 38 dollars le baril. Le baril de Brent de la mer du Nord, coté sur le marché de Londres, et sur lequel est référencé le pétrole algérien, a terminé la séance de vendredi à 37,46 dollars, en baisse de 0,5% ou 19 cents par rapport à la clôture de la veille. Pour rappel, le cadrage macroéconomique et financier du projet de la loi de finances 2021 a retenu un prix fiscal du baril de pétrole qui devrait se stabiliser autour de 40 dollars pour la période 2020-2021.

Sur la base de ces projections, le gouvernement prévoit une augmentation du déficit du Trésor public à 17,6% du Produit intérieur brut (PIB) en 2021. “Vu les niveaux des recettes et des dépenses budgétaires pour la période 2021-2023, le déficit du Trésor par rapport au PIB augmentera de 15,5% dans la loi de finances complémentaire (LFC) 2020 à 17,6% en 2021, avant de passer à 6,7% en 2022 et à 14,9% en 2023”, selon l’exposé du ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, présenté en son nom par la ministre des Relations avec le Parlement, Bessma Azouar, devant la commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN). Par ailleurs, le déficit budgétaire devrait atteindre 13,75% du PIB, contre 10,4% au titre de la LFC 2020. De tels niveaux de déficits, qui sont déjà alarmants, risquent de s’aggraver si la pandémie de coronavirus et le tassement de la conjoncture pétrolière venaient à perdurer. L’aggravation de la crise sanitaire avec, en corollaire, la dégradation des perspectives économiques alimentent un climat anxiogène. Les perspectives dégradées de la demande mondiale ont pesé sur le cours du pétrole qui perd plus de 10% sur la semaine.
Du coup, face au rebond de la pandémie de Covid-19, notamment en Europe, et la mise en place de nouvelles mesures de restriction imposées dans plusieurs pays, l’espoir d’un rééquilibrage progressif du marché pétrolier et d’une remontée des prix du brut s’éloigne.

La reprise rapide de la production libyenne exerce une pression supplémentaire sur les cours de l'or noir. Faute de pouvoir réduire substantiellement la dépense publique ou de renforcer les prélèvements au titre de la fiscalité ordinaire, le seul indicateur susceptible d’influer réellement sur le déficit du budget est le niveau des exportations d’hydrocarbures et, en conséquence, celui de la fiscalité pétrolière. Comme le retour à des prix pétroliers élevés est improbable en l’état actuel et comme la fiscalité pétrolière semble s’éroder durablement avec la baisse tendancielle des quantités d’hydrocarbures exportables, “le financement des déficits budgétaires sans cesse croissants est devenu du coup l’enjeu majeur de la politique économique nationale depuis l’année 2017 à ce jour, un enjeu d’autant plus redoutable que les marges de manœuvre des autorités se resserrent d’année en année”, comme l’a souligné le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care).

Le think tank relevait que le financement du déficit budgétaire était une des difficultés sérieuses auxquelles le gouvernement se trouve confronté à l’occasion de chaque exercice budgétaire depuis 2017. Mais avec le temps, affirme-t-il, “le problème à résoudre devient de plus en plus compliqué, non seulement parce que le déficit à combler ne cesse de croître d’année en année, mais aussi parce que les solutions offertes (comme ce fut le cas quelques années plus tôt, avec l’emprunt national ou le financement non conventionnel) deviennent de plus en plus malaisées à mettre en œuvre ou de moins en moins efficaces ou praticables”. De ce fait, une action rapide pour réduire le double déficit et l’adoption de réformes structurelles propices à une croissance tirée par le secteur privé sont plus que jamais nécessaires.

Meziane Rabhi

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