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Inflation en 2018 : et si Ahmed Benbitour n’avait pas tort !

Par El Watan | le Mardi 26 Décembre 2017

Inflation en 2018 : et si Ahmed Benbitour n’avait pas tort !

Il y a deux manières de considérer l’année qui se termine. Elle est celle de la remontée des cours du brut. Elle est celle du passage des réserves de change de l’Algérie et de son inflation réelle à deux chiffres. Dans des mouvements opposés. Le premier à la baisse, le second à la chauffe.

Le gouvernement a d’abord considéré le premier événement. Il a jugé qu’après deux budgets en contraction, il était venu le moment de relancer les dépenses d’équipement pour soutenir la croissance. Alexandre Kateb, expert financier membre de la task force auprès du gouvernement Sellal, évoque (tribune publiée ce samedi sur Maghreb Emergent) cet épisode parmi une longue liste de griefs adressés à la politique économique «illisible et sans vision» du gouvernement Ouyahia. Sans doute pas le pire. Les investissements publics menaçaient de décélérer trop vite, alors que l’économie privée n’a pas encore appris à vivre sans la commande d’Etat. Il faudra sans doute attendre et mesurer les effets d’un tel pari.

Dans un 2e temps, le gouvernement a compris qu’il s’était vu trop beau pour 2018. Un pétrole à 55 dollars est une embellie en trompe-l’œil. Il maintient la balance des paiements en déficit dans la durée. Et empêche le budget de l’Etat de réduire son déficit à l’allure prévue dans le plan de cadrage triennal prévu justement par la task force à laquelle participait Alexandre Kateb. Deux bosses faussent les calculs. Le niveau des importations, encore 44 milliards de dollars en 2017, et celui des dépenses publiques et leur poste de 20 milliards de dollars de subventions et transferts sociaux.

Conséquence, après avoir chanté en septembre -comme la cigale- au moment de dessiner son budget (LF 2018), le cabinet Ouyahia a repris la fable côté fourmi, en coupant à la serpe dans les importations. Fin des licences d’importation, passage à l’interdiction pure et simple d’importation pour plus de 900 positions tarifaires. Coup d’arrêt à la –fausse ?- substitution à l’importation dans le montage automobile. Le passage, ce mois de décembre 2017, des réserves de change algériennes à moins de 100 milliards de dollars, est interprété comme le mauvais présage qu’il est.

Au bout de 41 mois consécutifs de contre-choc pétrolier, -que l’on peut illustrer par un prix moyen du baril, inférieur de plus de 40% à celui de la période antérieure- le projet du pouvoir politique algérien de contenir la dégradation le plus longtemps possible en attendant une conjoncture meilleure, arrive à un premier moment critique. Sans de nouvelles baisses des dépenses, de nouvelles sources de financement de l’économie hors l’argent du Trésor, et sans l’essor de nouvelles exportations hors hydrocarbures, la trajectoire de la dégradation, même infléchie va persister en 2018 et les années suivantes. L’agenda de «la capsule de protection» jusqu’à 2019 a tenu la route depuis trois ans. Les Algériens ont toléré les restrictions, les petits ajustements tarifaires et le retour insidieux de la rareté de l’emploi.

Le gouvernement a bien conscience que les frais d’entretien de la «capsule de protection» conduisent à terme à son éclatement. C’est le chapitre de ce que Alexandre Kateb appelle «l’absence de vision». Une autre politique était possible. Elle vise le choc de compétitivité de l’offre algérienne de biens et de services. La fin de l’allocation des ressources actuelle, gaspilleuse et clientéliste. Elle n’est dans aucun agenda dans le périmètre officiel. 2017 était sans doute la dernière année où elle pouvait être engagée. En 2018, l’impulsion viendra d’ailleurs. Du marché et de la rue.

Comment les choses peuvent-elles donc évoluer en 2018 dans la conjoncture algérienne du contre-choc persistant ? Les classes populaires sont plus sensibles que les autres à deux agressions, l’inflation et le chômage. Le gouvernement veut se prémunir d’une poussée trop rapide du chômage. Choix politique soutenable. Le financement non conventionnel, entre autres, vise à cela. Mais ce faisant, c’est bien le front de l’inflation qui a été sacrifié. L’ancien chef de gouvernement, Ahmed Benbitour, avait joué les Cassandre, en pointant sérieusement le risque d’une inflation à trois chiffres dans les deux prochaines années en Algérie. En 2018, le thème majeur de la vie publique sera la cherté de la vie. Les ajustements des produits importés vont s’accélérer au 1er janvier prochain. La production locale suivra. Le mouvement est encore sous contrôle.

Mais les chiffres des enquêtes de l’ONS posent cette fois encore plus qu’avant un sérieux problème de crédit. Panel des produits mesurés non actualisé ? Ou celui des catégories interrogées ? Le fait est que la hausse des prix lors du dernier semestre 2017, dans l’agroalimentaire, les détergents, l’électronique, les produits frais, l’électroménager et l’ameublement aurait déjà dû afficher une progression en glissement annuel bien supérieure à 10%. Pour un bon tiers des produits utilisés régulièrement par les ménages médians, les hausses sont de l’ordre de 50% sur l’année.

A la hausse des prix qui va s’accélérer en 2018, s’ajoutera la rareté de certains produits qui rétablira le climat détestable, connu par les moins jeunes, de l’avant-Octobre 1988. C’est la surchauffe des prix qui fera dérailler l’agenda de «la capsule de protection» jusqu’à avril 2019 et l’échéance des présidentielles ? Pour Ahmed Benbitour, le scénario d’une hyper-inflation hors contrôle est à prendre très au sérieux depuis le lancement du plan de financement non conventionnel du déficit du Trésor public. Il faudra bien l’écouter plus attentivement.

Dupliquer la substitution aux importations comme un «prêt- à-porter» de secteur en secteur est périlleux. L’exemple des taxes imposées par la loi de finances 2018 pour la revente en l’état du matériel informatique (ordinateurs, imprimantes, etc.) et de télécom (serveurs, routeurs, etc.) risque d’être celui même où la tentative d’implanter une filière d’assemblage portera un coût global négatif en balance devises et emplois.

Explication. L’obligation à assembler les terminaux de téléphonie en Algérie a déclenché un lancement en rafales d’ateliers d’assemblage. Samsung et LG font comme Condor et Iris, pour ne citer que les plus en vue. Il faudra attendre et tirer des enseignements sur les retombées industrielles et financières de cette évolution visiblement en cours de réussite pour les terminaux. Le même dispositif appliqué sur le matériel informatique et TIC est sans doute plus aventureux.

La taille du marché, les seuils technologiques d’entrée, font clairement obstacle. Et ce qui risque d’être sacrifié encore une fois est la vision de long terme (Alexandre Kateb) : la vitesse de transformation digitale de l’économie algérienne.

Donc, sa productivité. Le président Bouteflika a acheté des autoroutes et des équipements clés en main pour faire un rattrapage rapide des infrastructures qui viennent au secours de la productivité et de l’attractivité en Algérie. Il n’a pas attendu que les entreprises algériennes soient au niveau de réaliser ces équipements au standard des cahiers des charges. L’enjeu global était supérieur à celui de la filière. Raisonnement accepté. Il est le même pour la numérisation de l’économie algérienne. Les équipements qui peuvent l’accélérer ne doivent pas devenir hors de prix à l’importation et des sous-produits en Algérie.

Car ce sont là les vraies infrastructures de demain, celles du transport et de l’utilisation de la big data qui aggraveraient par leur retard, le relatif sous-développement algérien. Le FCE a interpellé le gouvernement sur cet enjeu lors de Oran Silicon Valley, l’autre week-end. Faudra-t-il attendre que le groupe Kouninef devienne un acteur dans la filière pour espérer une politique publique éveillée à l’économie numérique ?

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