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Industrie pharmaceutique : Production des gaz industriels en général et de l’oxygène en particulier

Par El Watan | le Mercredi 15 Juillet 2020

Industrie pharmaceutique : Production des gaz industriels en général et de l’oxygène en particulier

La semaine dernière, le ministre délégué à l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, a réuni dans son bureau les trois producteurs locaux de gaz médicaux, à savoir Linde Gaz, Sidal (ex-Air Liquide) et Calgaz Algérie. La réunion a été convoquée dans l’urgence. Plusieurs hôpitaux, ceux de Sétif, Biskra, Oran et d’autres manquaient d’oxygène.

Une situation qui n’a pas été sans conséquences graves, selon des sources médicales, sur la vie de malades atteints de la Covid-19 dans certaines régions du pays. L’urgence a donc été de mutualiser, comme l’avait signalé le ministre de l’Industrie pharmaceutique, les capacités de production et de distribution pour répondre à l’augmentation significative de la demande des établissements de santé. Mais dans cette affaire, c’est aussi le non-dit qui est important.

La crise sanitaire a levé le voile sur le délabrement avancé de l’économie nationale, son fonctionnement, ses dérèglements et l’incompétence qui y opère. Dans le cas précis du secteur du gaz industriel, un segment hautement stratégique, en cela qu’il touche à la sécurité des Algériens, l’on peut dire que les politiques pratiquées depuis plusieurs années relèvent du non-sens.

Comment a-t-on pensé confier une industrie aussi stratégique pratiquement qu’à la seule exclusivité de sociétés étrangères ? L’entreprise française, Air Liquide qui se targue, sur son site web, d’une présence en Algérie depuis 1917, depuis la colonisation, ne produit que 20 000 litres d’oxygène par jour. Question emplois ?

Après plus d’un siècle de présence dans le pays, cette société ne fait travailler que 60 collaborateurs. Quid de Linde Gaz, cette entreprise allemande qui opère en Algérie depuis 2007 après l’acquisition de la majorité des parts (plus de 70%) de la société nationale des gaz industriels cédée dans une opération massive de privatisation menée à cette époque par l’ancien ministre de l’Industrie et des Participations de l’Etat, Abdelhamid Temmar.

Les deux sociétés, qui produisent au total environ 170 000 litres par jour, contrôlent la quasi-totalité du marché national. Mais en cette situation de crise sanitaire, il s’est avéré que leur production est en deçà des besoins des hôpitaux algériens. C’est Calgaz Algérie, une société privée algérienne qui n’a obtenu son agrément qu’en 2019, qui est venue à leur secours.

Elle produit, selon les chiffres avancés par le ministère de l’Industrie pharmaceutique, 150 000 litres par jour. Avec ses deux unités de production basées à Ouargla et Laghouat, Calgaz possède des capacités de stockage de 500 000 litres. Seulement, l’entreprise algérienne ne dispose pas encore de contrat de distribution avec le secteur hospitalier, elle qui depuis le début de la crise continue de subvenir à ses besoin bénévolement.

A Sétif, Oran, Biskra, Laghouat, Ouargla, Tamanrasset, Tindouf, et dans d’autres wilayas, c’est elle qui a été appelée en pompier. Elle est venue combler la défaillance des producteurs d’oxygène dans notre pays. Comment ces deux multinationales qui se partagent le marché du gaz industriel (l’approvisionnement de pas moins de 300 établissements hospitaliers), n’ont pas pu éviter les affres d’une pénurie de l’oxygène en ces temps de crise et au moment où les besoins se font réellement sentir ?

Mais la question qui s’impose est de savoir comment ont-elles pu s’engager en exclusivité sur un marché aussi sensible ? Selon un spécialiste du secteur, les deux entreprises régnaient en maître en exigeant même dans le cahier des charges d’avis d’appel d’offres l’octroi de l’intégralité des lots de différents gaz, oxygène compris, pour écarter d’autres éventuels sous-missionnaires.

Mais en faisant de bonnes affaires en Algérie, ces sociétés, qui n’obéissent qu’à la seule logique commerciale, n’ont pas pensé à mettre en place des capacités de production qui satisferaient dans des moments de crise, à l’instar de la crise sanitaire que traverse le monde, les besoins de l’Algérie et sécuriseraient sa population. S’il y avait disponibilité de l’oxygène, on aurait pu éviter les drames de Sétif et de Biskra.

Ain Beida appelle depuis des jours au secours pour approvisionner l’établissement sanitaire en oxygène. L’Etat doit absolument reconsidérer sa politique dans ce secteur stratégique.

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