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Gestion du secteur public économique : «Eniem, une crise de gouvernance» selon CARE

Par El Watan | le Dimanche 20 Décembre 2020

Gestion du secteur public économique : «Eniem, une crise de gouvernance» selon CARE

Pour CARE, le problème ne se limite pas au cas Eniem, c’est le mode de gouvernance des entreprises publiques qui est en cause et qui ne fait que reproduire la même logique de l’échec.

Les graves difficultés de l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem) illustrent, selon le Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise (CARE) une crise de gouvernance des entreprises publiques, ainsi que les erreurs répétitives commises depuis de longues années en matière de gestion du secteur public économique.

Une gestion qui risque d’exacerber les difficultés auxquelles ne manquera pas de faire face l’économie nationale suite à la crise sanitaire qui perdure.

Dans une note publiée sur son site internet, le Cercle souligne que l’usine d’électroménager de Tizi Ouzou est de nouveau à l’arrêt, malgré les actions de sauvetage maintes fois entreprises par les pouvoirs publics ces dernières années.

Pour CARE, le problème ne se limite pas au cas Eniem, c’est le mode de gouvernance des entreprises publiques qui est en cause et qui ne fait que reproduire la même logique de l’échec.

CARE fait observer que toutes les parties prenantes dans ce dossier de l’Eniem, à savoir la direction générale de l’entreprise, son syndicat, le ministre compétent, se sont exprimés publiquement, mis à part la banque.

Or, celle-ci est un acteur-clé, car «elle refuse de continuer à financer un client lourdement endetté et qu’elle considère sans doute, comme insolvable». Pour CARE, «ce silence de la banque, et par certains égards celui du ministre des Finances, n’aide pas vraiment à tirer quelque leçon que ce soit et à engager un véritable débat».

Au sens de CARE, «en soi, les difficultés financières de l’Eniem, pour être sérieuses et préoccupantes, ne seraient qu’un problème somme toute secondaire pour une économie de la taille de l’Algérie.

Ce qui est en revanche sérieux et préoccupant, c’est que cette entreprise n’est qu’un cas de figure parmi de nombreuses autres qui sont dans la même situation pour des raisons diverses, plus ou moins valides ou plus ou moins compréhensibles, et qui cumulent des déficits d’année en année».

Le Cercle ajoute : «La problématique des déficits cumulés des entreprises publiques qui pèsent sur les banques publiques et sur les comptes du Trésor est posée depuis de nombreuses années. La crise liée à la pandémie actuelle du coronavirus a sans doute contribué à aggraver une situation déjà dégradée.

On peut donc supposer raisonnablement qu’à ce stade, le cas présent de l’Eniem ne représente que l’avant-poste de difficultés plus sérieuses auxquelles l’économie algérienne devra faire face au cours des prochains mois ou des prochaines années.»

«La pandémie risque d’aggraver les difficultés de l’économie nationale»

Le traitement politique qui semble prévaloir trop largement, selon CARE, dans le traitement de problèmes strictement économiques et/ou financiers, «fait passer au second plan la recherche des solutions les plus appropriées et n’aide pas à la saine gestion du patrimoine public.

La conséquence logique, c’est que la responsabilité première qui incombe aux organes sociaux passe au second plan, en dépit des missions éminentes qu’ils sont censés exercer conformément à la loi», souligne CARE dans sa contribution au débat sur la situation des entreprises en difficulté.

En guise de solution, il estime qu’il faut au préalable que les entreprises publiques «redeviennent une source de création de valeur plutôt qu’un poids pesant sur le budget de l’Etat». Il semble évident, ajoute-t-il que que «la première tâche à laquelle devraient s’atteler les autorités serait de restituer aux organes sociaux des entreprises les pouvoirs pleins et entiers que la loi leur confère».

La transparence dans la gestion du secteur public est par ailleurs un enjeu de premier ordre selon CARE, qui souligne que «cette faiblesse, qui touche pourtant à un patrimoine public national, est l’une des raisons qui explique le mieux l’état de dégradation de la situation économique de nombreuses entreprises publiques».

Sur un plan plus global, CARE relève que le débat sur l’activité des entreprises publiques et sur leurs performances n’est presque toujours engagé que lors des crises financières cycliques auxquelles elles sont exposées.

Pour le Cercle de réflexion, «le traitement de fond de ce problème devrait dépasser celui des cas individuels qui lui sont posés actuellement, à l’image de celui de l’Eniem, pour aller vers une refonte globale du mode de gouvernance des entreprises publiques, en mettant en œuvre notamment, de manière systématique, les règles de concurrence dans le traitement des difficultés des entreprises publiques ou privées, et de faire jouer aux organes sociaux des entreprises publiques pleinement leur rôle, en excluant toute forme d’ingérence des structures ministérielles dans leur administration et leur gouvernance, en dehors des cadres strictement définis par la loi».

CARE préconise également d’exclure «l’ingérence politique ou administrative, en particulier dans le cas des banques publiques qui devraient décider librement et sur des bases strictement professionnelles des ressources financières dont elles disposent».

La nécessité de faire coter en Bourse une part minimale (20 ou 30%) des actions des grandes entreprises publiques est par ailleurs préconisée par CARE, qui estime que «cela renforcera non seulement la transparence de leur gestion, mais aussi à mieux servir les intérêts de l’économie nationale».

Des mandats écrits devraient être donnés à chaque administrateur d’entreprise publique, avec des objectifs clairs et quantifiés, préalablement à son recrutement, propose CARE qui insiste également sur «la nécessité de recruter les dirigeants des entreprises publiques suivant un dispositif d’appel à la concurrence transparent et ouvert, la mise au point d’une charte de la gouvernance des entreprises publiques, et la diffusion d’un rapport annuel sur les résultats économiques et financiers des entreprises publiques».

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