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Commerce extérieur : tout se jouera à ce niveau

Par El Watan | le Mardi 26 Décembre 2017

Commerce extérieur : tout se jouera à ce niveau

Actuellement, c’est au niveau des importations et des exportations que sont polarisés les débats et attentes des pouvoirs publics et des citoyens. L’idéal serait d’équilibrer au plus vite la balance des paiements pour éviter la dégringolade de l’épuisement des réserves. Ces dernières sont passées sous la barre des 100 milliards de dollars.

Le volume est quand même conséquent, mais la réduction a été rapide. A ce rythme-là, au maximum dans quatre années nous aurons des problèmes graves de balance des paiements. Nous sommes en train d’épuiser rapidement nos réserves alors que l’économie n’améliore guère sa compétitivité internationale.
Gérer c’est prévoir, et quatre ou cinq ans plus tard c’est le temps d’un clin d’œil par rapport à la vie d’une nation. L’heure est grave et une forte mobilisation de tous (Etat, experts, citoyens) est nécessaire pour éviter le pire. Nous ne pouvons nous permettre de continuer à fonctionner comme si nous pouvions surmonter les futures crises qui menacent la stabilisé économique du pays. En général, malgré un semblant de

prise de conscience généralisée, on continue «Business as Usual».
On commence même à préparer les citoyens au pire, en stipulant que nous avons de fortes capacités d’emprunt, puisque notre endettement international est minime. Cela appelle à plusieurs commentaires. La capacité d’endettement dépend de la capacité de remboursement. Tant que les ressources en hydrocarbures seront insuffisantes, notre capacité de rembourser sera très limitée. Les instances internationales savent cela.

Il suffit de calculer quelques ratios de solvabilité pour s’en rendre compte.
Par ailleurs, à quoi sert de s’endetter si l’économie ne sait pas transformer des richesses monétaires en ressources durables. Si on savait le faire avec les ressources qui nous restent ont peut opérer un décollage économique. Comment peut-on utiliser efficacement les ressources de la dette mais pas notre propre argent ?
Les multiples défis

Certes, il y a des pays qui se sont développés grâce à l’endettement extérieur. On a tous à l’esprit le cas de la Corée du Sud, qui a décollé surtout grâce aux dettes allemandes. Mais ce n’est pas le processus d’endettement qui a développé la Corée, mais surtout un système éducatif de qualité, un management de classe mondiale, l’innovation, la recherche et développement, etc. Nous nous sommes endettés durant les années soixante-dix et quatre-vingt, mais cela nous a mené droit au rééchelonnement et à la mise sous tutelle de l’économie par le FMI. C’est ce qui arrivera si l’on épuise les ressources et on y va à l’endettement. Ceux qui préparent l’opinion et nos décideurs à l’ endettement doivent nous expliquer pourquoi nos réserves ont été mal utilisées et pourquoi la dette sera investie efficacement, alors que par le passé elle a n’a pas été rentabilisée et que les ressources actuelles sont mal orientées ? Il n’y a aucun mécanisme différent qui permettrait à l’économie de mieux utiliser les ressources.

Pour le moment, il est important de gagner du temps et de prolonger au maximum la durée des réserves. Mais rien ne sert de gagner du temps si c’est pour faire la même chose tout le temps. La réalité finira par nous rattraper. Le temps est la ressource la plus rare et la plus précieuse d’un être humain ou d’une nation. Rien ne sert de consacrer l’immobilisme comme vertu principale, les mêmes paramètres vont produire les mêmes résultats.

Il faut agir vite, car nous avons déjà perdu encore plus de trois ans à essayer des recettes qui ne fonctionnent pas.
Nous avons utilisé des politiques conjoncturelles, alors que les problèmes sont structurels. Certes, dans un premier temps et pour se donner plus de marge de manœuvre, on pourrait justifier la gestion administrative des importations. On ne pouvait pas continuer à importer pour 65 milliards de dollars et engranger 25 milliards en recettes. Les réserves fondraient rapidement comme neige sous soleil. En attendant de mettre en place les mécanismes qu’il faut, on peut accepter provisoirement une telle démarche tout en sachant les nombreuses imperfections qu’elle recèle.

Les solutions à court et long termes

Aucun pays n’a émergé sans prendre des risques importants. En théorie économique, la rentabilité dépend du risque.
Ce sont les secteurs les plus risqués qui sont les plus rentables. La Corée du Sud avait pris des risques énormes en investissant au début dans l’acier et l’électronique, deux secteurs fortement dominés par les USA et le Japon.

Mais il fallait créer les conditions de réussite. Dans un premier temps, un pays doit épuiser d’abord le développement des avantages reçus. Pour notre cas, ce serait les dérivées des hydrocarbures, l’agriculture saharienne, etc. ce n’est que par la suite qu’on peut aller vers les avantages créés. Mais pour cela, il faudrait révolutionner l’enseignement supérieur, la recherche et développement et créer les industries du savoir qui nous manquent pour nous donner des capacités à développer des entreprises internationalement compétitives. Il faut se fixer de grands objectifs pour devenir grands et non jouer à se faire peur. Nous avons l’impression d’un pays qui a peur de son avenir, des autres, de sa jeunesse et de ses potentialités.

Dès lors qu’on se libère de notre peur, nous aurons tous les atouts pour réussir. Il n’est pas difficile de réunir nos meilleurs cerveaux au sein d’une institution pour nous concevoir le plan national stratégique pour émerger en concertation avec tous nos citoyens. Mais nous avons peur de nous- mêmes. Il reste qu’ en attendant de révolutionner nos fondamentaux, il y a des solutions techniques qui peuvent nous permettre de gagner du temps. L’une d’elle serait d’opérer progressivement un glissement du taux de change tout en utilisant des bureaux de change publics et privés. L’ Etat mettrait une somme d’argent (disons 20 milliards de dollars) dans ce marché et laisserait le dinar arriver à sa véritable valeur. Par la suite, les biens de première nécessité et les ceux d’équipement seront subventionnés à des niveaux différents. Les prix des denrées de base ne vont donc pas augmenter.

Ce système, qui sera mis en œuvre progressivement, permettra d’éviter l’ endettement et d’aller vers un système économique normal. Aucune méthode n’est sans inconvénients. Toute chirurgie a des effets indésirables. Mais elle permet d’éradiquer des maux plus graves. En l’absence de toute réforme profonde, ce serait le moindre mal. L’alternative serait à moyen terme (4 à 6 ans) le spectre de l’endettement et de la mise sous tutelle de l’économie nationale.

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