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«70% des budgets affectés représentent la masse salariale des travailleurs du secteur public»

Par El Watan | le Mardi 05 Mai 2020

«70% des budgets affectés représentent la masse salariale des travailleurs du secteur public»

Lyes Merabet . Président du syndicat national des praticiens de la santé publique

Pour Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), la question salariale est un prélude à la revalorisation du statut social du professionnel de la santé. Le syndicat plaide d’ailleurs pour une «fonction publique hospitalière», un chantier dont le SNPSP espère ouvrir le débat une fois la crise sanitaire dépassée.

-La crise sanitaire a dévoilé de nombreuses défaillances dans le secteur, justement à votre avis pourquoi ce déséquilibre entre les dépenses et les résultats ?

En effet, cette situation sanitaire inédite a dévoilé au grand jour les défections et les limites du secteur de la santé, mais il serait maladroit de circonscrire ce manque de performance à la seule problématique du financement ou des dépenses affectés aux soins de santé. Pour revenir aux dépenses allouées au secteur de la santé, je pense qu’il faudrait confronter cela à l’absence d’un plan d’action et des objectifs clairement définis à travers des programmes et des espaces temps. Difficile d’évaluer objectivement l’efficience de la dépense lorsque celle-ci est forfaitaire loin de toute contractualisation et en l’absence d’indicateur fiable sur les comptes nationaux des dépenses de santé propres à notre pays. Ce qui est établi par contre c’est que 70 % des budgets affectés représentent la masse salariale des travailleurs du secteur public.

-Le Chef de l’Etat a annoncé la restructuration totale du système de santé et l’amélioration des conditions de travail du personnel de la santé. Qu’en pensez-vous ?

Il faut dire que la réforme du système de santé se poursuit depuis son lancement en 2004 sans volonté politique réelle et dans une situation d’instabilité permanente, relevée notamment dans les changements incessants de ministres qu’a connu le secteur. Nous prenons acte de cet engagement solennel du Chef de l’Etat, car la situation est alarmante et les conditions de travail sont un des éléments dans cette politique de réforme. Elle est primordiale pour permettre l’accomplissement des tâches professionnelles des différents corps de la santé dans de meilleures conditions et dispenser de la sorte une meilleure qualité de soins pour les citoyens.

Mais c’est quoi au juste la condition de travail ? C’est une formation de qualité pour les professionnels de la santé, c’est un circuit de soins bien en place dans le respect des paliers de soins, c’est une disponibilité des moyens d’exploration de suivi et de prise en charge, c’est des carrières professionnelles sécurisantes et attrayantes pour tous ceux qui font le choix de travailler dans le secteur public, c’est aussi une complémentarité efficace entre les secteur public/ privé, c’est un système de sécurité sociale rénové et performant autour des dépenses de santé et c’est aussi une véritable recherche scientifique dans le domaine des soins de l’exploration et du management de l’établissement de santé.

-Qu’en est-il de la valorisation des médecins et de la question salariale ?

Le syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) considère la question salariale comme un prélude à la revalorisation du statut social du professionnel de la santé en général et du médecin en particulier et plaide depuis de nombreuses années pour la mise en place d’une «fonction publique hospitalière» propre au secteur public de la santé pour répondre aux spécificités des modes d’exercice et au haut niveau de qualification des personnels.

Un chantier qu’on espère ouvrir rapidement une fois sortie de cette situation de crise sanitaire majeure.

-Qu’avez-vous à dire sur la suppression du service civil et la revalorisation des salaires dans le secteur public pour les médecins qui décideraient d’exercer dans les wilayas du Sud ?

C’est aussi une des revendications du SNPSP pendant des années.

Avec nos collègues médecins résidents de la CAMRA, nous avons appelé à la suppression progressive de cette disposition contraignante et discriminatoire du service civil et la remplacer par des mesures incitatives, aussi bien pour les médecins spécialistes du secteur public et pour le secteur privé intéressés par l’exercice dans des régions déshéritées ou enclavées du Grand Sud, de l’intérieur, voire dans certaines régions au nord du pays.

Les choix, les niveaux de la rémunération ainsi que les modalités sont à préciser dans le cadre des concertations que le ministère de la Santé doit engager avec les partenaires
sociaux concernés.

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